J’étais pourtant prête….

J’avais mes supports pédagogiques imprimés et classés, ma classe était organisée pour recevoir mes élèves, j’étais reposée. J’avais préparé cette rentrée calmement, sereinement. Un petit peu d’excitation les jours précédents, mais rien d’anormal…. Bref, je m’étais préparée à une nouvelle rentrée, des projets pleins la tête, prête à démarrer dès le premier jour, motivée, contente aussi de retrouver mes élèves, de passer une année avec eux….

Je devais être un peu trop confiante et l’Univers a voulu tester ma capacité d’adaptation. Clairement. Et me voila confrontée à une vaste conspiration, visant à anéantir tout sentiment de sécurité et de confiance…. et à me déstabiliser sur plusieurs plans. Simultanément. Sinon ce n’est pas drôle…. Juste histoire de bien me faire comprendre la leçon….. la thérapie du coup de pied aux fesses, la seule qui semble marcher avec moi, il faut dire, obstinée que je suis à poursuivre mon chemin tel quel….

1.Conspiration technologique

Mon ordinateur, et mon disque dur…. voir même une clé. Bref, me voila confrontée à une rébellion  de mes outils informatiques…. entre la mise en ligne de docs qui refuse de se faire, la perte de documents, le refus de lire certains périphériques qui pourtant n’ont jamais donné de signe de faiblesse jusque là…. évidemment au moment où je les sollicite pleinement….

Je reste calme, je reconfigure, j’actualise, je mets à jours, je formate même (nanmého!), et cette petite frustration qui s’insinue ne me freine pas tant que ça…. je trouve des alternatives, j’improvise.

Mais la conspiration ne s’arrête pas là…. Les photocopieurs de l’école se joignent à la révolte…. j’improvise, je fais preuve de créativité…. mais l’agacement se fait sentir un peu plus….je commence à bouillir intérieurement, j’essaie d’envisager d’autres solutions, le stress commence à monter, la frustration également….

Je suis tendue…. surtout que je dois aussi gérer en parallèle….

2. Attaque de mes ressources physiques

Oui, parce que sinon ce n’est pas drôle…. Comment faire pour vraiment me mettre à l’épreuve physiquement au moment le plus stressant de l’année scolaire, au moment où mes ressources physiques sont les plus sollicitées? La réponse a été créative mais efficace.

Une tendinite. Au poignet droit. Que j’ignore dans un premier temps, en serrant les dents… Mais qui finit par m’empêcher de dormir (le manque de sommeil, parfait moyen de me tester!!), et qui me fait vivre avec une douleur intense quasi permanente… Pour me soulager dans un premier temps, me voila à devoir porter une orthèse…. qui m’empêche donc d’utiliser correctement ma main droite…. pour une droitière, c’est embêtant…. impossible d’écrire, de dessiner, de taper même, où en enlevant l’orthèse (et en ayant très rapidement mal +++). La frustration augmente, je suis plus irritable (le manque de sommeil n’aide pas)… mais je poursuis quand même mon chemin, déterminée à ne pas me laisser faire par la trahison de mon propre corps… Je tiens bon, quoi qu’il en soit. Je me mets en mode guerrière et je repars affronter ce qui m’attend, tapi dans l’ombre….

3. L’apocalypse mentale

Aux grands maux, les grands moyens. Tout ça ne suffisait pas à me bousculer assez, donc une semaine après la rentrée, j’apprends que je dois déménager toute ma classe dans un autre local. Pourquoi? Parce que. Les raisons invoquées ne sont pas très claires, les solutions alternatives inenvisagées, les conséquences ignorées… histoire d’ajouter un peu de piment, je n’ai les informations que par des moyens détournés, et au compte goutte…. par des personnes non concernées par la situation, la plupart du temps….

J’avoue, j’ai perdu mon sang froid.

J’ai explosé. Littéralement. L’apocalypse selon Saint Jean, avec les trompettes et les chevaux tout ça tout ça…. et je monte en pression chaque jour, d’autant qu’on se charge de me rappeler sans cesse que j’agis trop émotionnellement et que bon, ça stresse les autres…. dont le quotidien poursuit son cours… et qui ne lèvent pas le petit doigt pour m’aider…. mais bon, par contre, si je pouvais me dépêcher de libérer les locaux, ce serait bien…..

Pardon, je suis mauvaise langue… on m’aide … on va me fournir…. 3 cartons et 2 caisses…. pour déménager une classe d’élémentaire. A ce que je vois, certains ont un sens des réalités plus qu’émoussé…. Je m’agace, je râle, je crie même…. et on m’entend… une solution est trouvée, on se bouge un peu….

Et je gère les allées et venues dans ma classe par les différents services concernés pour prendre des mesures, parler les aménagements… par contre, quand je soulève certains points, c’est la panique…. on n’ avait pas pensé…. ah ben non, ils n’ont pensé à rien, donc forcément…. On impose sans vérifier la faisabilité de la chose….. à nous ne nous adapter, de faire en sorte que tout se fasse rapidement et sans vague…. pas de chance, moi je suis du genre tsunami…. Et j’en déclenche un….

On s’affole, on s’agite…. et je les accueille avec presque jubilation dans le marasme qu’ils ont créé… M’en fiche, j’ai enfilé ma fidèle armure et son effet commence à se faire sentir. Je redescends en pression, je ne prends plus de coup au moral, tout en ne me privant pas de porter quelques estocades….

Alors? Pas mal non? Me voila donc à devoir gérer une conspiration technologique, une diminution de mes capacités physiques, une incapacité de mettre en place quoi que ce soit, tout en étant professionnelle, en rassurant mes nouveaux élèves, suffisamment inquiets (j’ai des CP/CE1, vi vi, un double niveau tellllllement sympa en début d’année!!!). Une fois les premiers coups reçus, je me mets en mode guerrière et je gère. A ma manière…

4. Contre attaque

Je priorise:

a. Je vais chez le médecin, qui me rédige un magnifique certificat médical contre indiquant toute sollicitation du poignet droit. Qu’on se débrouille pour faire les cartons, ce sera sans moi, pas envie de me faire plus de mal encore…. et je prends rendez vous avec un kiné pour traiter ma tendinite. Ce qui me servira également de moment de quiétude et de pause dans mes journées plus que tendues. En situation de crise, je prends donc soin de moi.

b. Je fais en sorte que mes élèves soient le moins impactés possible par tout ça. Et j’improvise, je trouve des solutions alternatives, je les rassure, je les écoute, je les laisse en dehors de ce marasme. On en rit, on en fait un support pour les apprentissages (combien de boites de crayons dans un carton? Comment ranger les affichages par ordre alphabétique, mettre les affiches de nombres en ordre croissant…., où se trouve le matériel de maths, de manipulation, d’art, etc etc….) En situation de crise, j’agis en professionnelle.

c. En dehors de la classe ou de la présence de mes élèves, j’évacue le stress. Et j’exige d’être traitée avec un minimum de respect. Je demande des explications, je demande à ce que les responsables me disent exactement de quoi il retourne… devant l’absence de réaction, j’explose, je rue dans les brancards, je sens monter des vagues de colère et de violence. Je mets en œuvre l’effet miroir de la violence ressentie…. je ne fais pas dans la demi mesure. Et je me rends compte que je suis toujours aussi volcanique lorsque je suis confrontée à la frustration, au manque de respect et à la lâcheté… en situation de crise, je demeure moi même, mais je maitrise ma violence, tout en ne prenant pas tout sur moi.

d. J’ourdis un plan en 9 points destinés à mettre les points sur les i et les barres aux t, afin de rétablir certaines valeurs et de faire comprendre à qui de droit que des notions telles que le respect, l’entraide, la communication, l’intégrité ne sont pas que des mots inutiles. Plan dont la mise en pratique se fera petit à petit, mais que j’ai bien l’intention de mener à son terme. La pression redescend, je vois plus loin, j’envisage les implications et les conséquences de cette histoire. Je perçois les ajustements nécessaires, les bouleversements qu’elle va impliquer, je m’y prépare. Je me décentre et me libère de l’émotionnel pour laisser la place à la gestion intellectuelle… en situation de crise, je sais prendre du recul.

e. J’implique la communauté éducative dans son ensemble pour faire en sorte que le déménagement se fasse le plus efficacement possible. Collègues, mairie, parents…. J’ai même envisager de faire appel à mon clan, c’est dire. Et je me dis que finalement, cette mini apocalypse aura eu pour conséquence de mettre en lumière la solidarité et la cohésion… En situation de crise je sais déléguer et organiser.

 

5. Leçons

J’ai encore beaucoup de travail à faire en ce qui concerne le lâcher prise…. Parce qu’après tout, finalement, ma tendinite est le symbole de mon échec à atteindre l’équilibre entre le lâcher prise et le tenir bon….

J’ai réalisé que je subis les conséquences d’une guerre d’égo de personnes qui en ont besoin. Et que je refusais de me laisser embarquer dans la bataille. J’ai enfilé mon armure et je me suis battue pour les intérêts de ceux qui compte vraiment: mes élèves. le reste n’est qu’accessoire finalement.

Ma nature apocalyptique s’est rappelée à moi. Et j’ai pris conscience que finalement, j’évoluais plutôt pas si mal dans le chaos ambiant. J’ai réussi à garder le cap professionnellement, tout en gérant les bouleversements spatiaux et en protégeant mon intégrité physique. Clairement, au niveaux des relations interpersonnelles, c’était plus compliqué mais j’y vois aujourd’hui plus une petite piqure de rappel: je suis capable de beaucoup prendre sur moi pour l’intérêt collectif, mais dès qu’on touche à mes valeurs, je n’ai pas peur de me battre et de montrer de quel bois je suis faite… Et ce n’est pas terminé parce qu’il y a pas mal de points qu’ils n’ont pas envisagés et qui vont poser problème…. mais ça ne me concerne plus…. J’en sors finalement grandie….

J’ai passé une semaine compliquée émotionnellement, mais j’ai quand même réussi à prendre du recul et à retrouver mon calme. Un nouvel équilibre s’instaure. Et j’ai un magnifique plan à mettre en œuvre, sereinement, mais inexorablement. Non pas pour me venger, mais pour mettre les personnes en face de leurs responsabilités et assumer les conséquences de leurs décisions inconsidérées…. et je pense qu’elles commencent déjà à mesurer l’étendue des dégâts…. parce que si les personnes concernées avaient été consultées, toute cette histoire aurait été gérée très différemment.

Et puis j’ai pris le temps de prendre soin de moi… de me réserver une bulle de quiétude au milieu de ce champ de bataille. Bulle que j’ai bien l’intention d’agrandir et de préserver….

Voila donc pourquoi le blog n’a pas été mis à jour, que je n’ai pas pu faire mes articles habituels et la rédaction de celui-ci m’a pris un temps certains, mon poignet ne m’autorisant à taper qu’un temps limité….

Mais ça va mieux, et je pense que du très bon ressortira de tout ça. Finalement, j’ai presque hâte d’y retourner demain pour assister à la suite des événements. Ma classe sera déménagée mardi, et mes élèves pourront investir leur nouvelle classe jeudi. Nous commencerons donc réellement l’année à ce moment là…..je me chargerai de demander à qui de droit en quoi l’intérêt des élèves prévalaient en ce début d’année…. je souris à cette simple idée…. Et je vais enfin pouvoir revenir à une ‘normalité’. Je vais pouvoir remiser mon armure, assurée que personne ne sera tentée de réveiller le dragon qui sommeille en moi avant un bon moment.

Je retourne donc sur le champ de bataille, la tête libérée de toutes ces tensions…. Avec en point de mire le mot du mois d’Octobre qui s’avère plus qu’intéressant.

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