Mon voyage intérieur: janvier (07)

Presque 3 semaines de voyage déjà et quel voyage!!!! Je pensais sincèrement que ce mois-ci, j’apprendrais à me connaitre un peu mieux, que je comprendrais d’où je partais… Et au final, la leçon a été toute autre.

J’apprends à … m’accepter. Je me rends compte ces derniers jours qu’en fait, c’était déjà fait. En douceur, l’air de rien… il était temps, je suppose, que j’ouvre les yeux. je n’ai plus à me battre contre ou pour quelque chose. Je n’ai même plus à me débattre avec moi-même, ou avec l’image que je renvoie. Pas à pas, je me suis libérée de toutes ces entraves, sans effort, naturellement. Et je le constate ces jours-ci.

C’est une sensation étrange. Juste être soi-même, sans aucune appréhension, sans aucune réserve. Si j’aimais à penser que le regard d’autrui ne me perturbait pas plus que ça, j’étais quand même sur la défensive, prête à enfiler mon armure et à me justifier si il le fallait. Et puis on nous enseigne qu’on ne peut se définir que par rapport à autrui. En réaction ou en conjonction avec ce et ceux qui nous entourent. Alors qu’en fait, c’est bien plus simple.

J’avais déjà perçu que quelque chose avait changé, que je m’affirmais plus encore qu’auparavant… mais toujours avec cette attitude de défi au final. Un peu comme si je voulais qu’on me voit pour ce que j’étais… Une première étape, juste après avoir retiré mon armure mi téflon (tout glisse, rien n’adhère) mi kevlar (rien ne m’atteint). J’étais telle que je suis, plus fragile qu’auparavant parce que dénuée de ces protections qui m’ont préservée de la douleur et de la sensibilité lorsque je devais traverser mon enfer personnel.

Et je pense que la clé de tout ça réside dans cette simple pensée: accepter d’être vulnérable, accepter de ressentir de nouveau, parce que la survie n’est plus d’actualité, et que la vie réclame son du. En désirant revenir à la vie, en acceptant de retirer mon armure, j’ai aussi initié un processus bien plus profond. J’ai du accepter d’être fragile, et faire ce qu’il fallait pour y remédier, dans une certaine mesure.

Pas très clair? Prenons un exemple: j’ai un genou en très mauvais état. Depuis des années. Disons que j’ai fait ce qu’il fallait pour qu’il ne récupère pas des mauvais traitements que je lui ai infligé au fil du temps… Bref. Impossible de m’en occuper pendant longtemps, je devais ‘fonctionner’. Évidemment, il est arrivé un moment où il s’est rappelé à mon bon souvenir… Et puisque, bien que consciente du souci, je ne faisais rien pour y remédier, il ne m’a pas laissé d’autre choix que d’agir, en refusant de fonctionner correctement et en m’entravant dans certains mouvements… bref, j’ai donc décidé de m’en occuper une bonne fois pour toute. Et cette décision a eu pour conséquence de déclencher un processus bien plus complexe que la simple prise en charge médicale d’un souci. J’ai du accepter de ne pas pouvoir ‘fonctionner’, tout simplement (je ne peux ni descendre ni monter les escaliers ‘normalement’, mon genou refuse de m’obéir). Accepter d’être fragile physiquement. Accepter de faire ce qu’il faut pour y remédier. Accepter de passer des examens médicaux, de prendre soin de moi. Accepter mes faiblesses, accepter d’être suffisamment humble pour demander de l’aide. ça n’a l’air de rien mais c’est déjà énorme.

Et du coup, ma relation à mon propre corps a complètement changé. J’ai arrêté de l’ignorer, j’ai arrêté de le considérer comme une simple enveloppe, ou une entrave parfois. J’ai commencé à le regarder, vraiment le considérer. A faire son état des lieux…  rien de rien glorieux, mais rien de honteux non plus. Et surtout, j’ai vraiment pris conscience que ce corps, c’était aussi…. moi. Non pas dans le sens de l’image que je renvoie, mais plutôt dans celui du témoin de mon histoire. Mes cicatrices, mes kilos en trop, mes cheveux blancs, les petites rides qui deviennent permanentes, tous témoignent de mon histoire de vie. Et j’en prends conscience, réellement conscience. Auparavant, tout cela m’était complètement indifférent. Parfois, j’ai même tenté de les combattre, juste pour voir. Mais ça ne durait jamais, ils retombaient tous dans le puits très profond de mon indifférence.

Aujourd’hui ce n’est plus le cas.

Je caresse parfois mes cicatrices en me souvenant de leur origine (mon enfance casse cou, ma biopsie, l’appendicite, et les vergetures de ma grossesse), et je ne ressens que la douceur de ces souvenirs, je me rappelle certaines anecdotes, je souris à la pensée de toutes les leçons que j’ai acquise grâce à ces expériences de vie… Je les accepte, je les accueille. Elles sont autant de témoignages de celle que j’ai pu être, et que je suis encore.

Mes kilos en trop ont posé certainement plus de problèmes aux autres qu’à moi. C’était pour me débarrasser de leur jugement, de leurs regards que j’ai tenté et réussi à m’en débarrasser… pour autant, je n’étais ni mieux ni moins bien dans ma peau… et ça m’a posé question… par rapport à la superficialité des rapports humains… lorsque la maladie d’Emma s’est déclarée, je les ai retrouvés, mes kilos, entre autre du fait de mon inaction forcée… et du stress… un peu comme si mon corps se préparait à un grand danger en stockant ce dont j’aurais besoin pour survivre… il n’était pas dupe, le bougre… sauf qu’ils ne sont pas partis ensuite hahahaha. Aujourd’hui j’en souris. Je suis comme je suis, et je m’aime bien… J’aime à dire que je préfère prendre soin de mes courbes que de ma ligne. Je ne suis plus complexée (d’ailleurs, c’était surtout les autres qui me reprochaient mon apparence, moi seule, je le vivais plutôt bien). D’ailleurs, ça m’agace ce jugement que des personnes peuvent porter sur la corpulence d’une autre, avec tous les préjugés qui vont avec. Le plus drôle, c’est que les personnes qui sont avec moi lorsque je me pèse (à la salle, chez le médecin) sont toujours étonnées par le nombre qui s’affiche… Que voulez-vous, je suis…. dense! En général, c’est moi qui dédramatise, qui les rassure…. et oui, j’ose l’argument de la densité, et avec un grand sourire en prime! Je me ressemble, voila tout. Quelque part, mon corps est le reflet de celle que je suis. Avec mes forces, mes faiblesses.

Mes cheveux blancs sont encore assez localisés et j’avoue, j’aime coiffer ceux qui entourent mon visage d’une certaine façon. Je songe sérieusement à tresser ceux qui se trouvent sur mes tempes… quant à ceux qui se trouvent disséminés ici et là, j’aime bien la lumière qu’ils accrochent. Aucun souci ici, c’est dans l’ordre des choses. Et oui, je suis bien déterminée à tresser les mèches blanches qui apparaitront au fur et à mesure. Je les assume complètement. Je réfléchis vraiment à un moyen de ne pas les cacher mais au contraire de les mettre en valeur. Pour moi, ils sont les témoins des batailles menées, victorieuses ou non. Des trophées dont je suis fière.

Tout cela ne s’est pas fait un en jour. Je ne me suis pas réveillée un matin en me disant ‘à partir de maintenant, je m’assume’. Je me rends compte aujourd’hui que mes choix ont cependant tous mené à cette sérénité que je ressens par rapport à mon apparence physique. Et que je suis en paix avec moi-même. Je suis telle que je suis, et pleinement. Je ne revendique rien, je ne cache rien non plus. Comme dans d’autres domaines, j’ai simplement décidée d’être sincère en apparaissant telle que je suis. C’est une forme d’affirmation, pas dans le sens de revendication, mais plutôt dans le sens d’acceptation: « oui, je suis comme ça maintenant, et c’est ainsi ».

Bref, ce mois-ci, j’ai donc pris conscience du fait que j’acceptais d’être celle que je suis aussi physiquement, et que c’était une forme de liberté. En assumant les choix qui sont les miens, je me libère de beaucoup de pression extérieure, et surtout je suis bien plus sereine.

Étrangement, j’ai aussi constaté un changement d’attitude de la part des personnes que je côtoie. Le simple fait que je m’assume et que ça transparaisse dans mon attitude a atténué les réflexions, les conseils, les avis sur ce que je ne fais pas, que je devrais faire… puisque je suis en paix avec moi-même, personne ne juge nécessaire de me remettre en question. Et je me rends bien compte qu’au final, c’était ma non-acceptation qui les encourageait à me ‘juger’ ou à me ‘conseiller’. Je suis en accord avec moi même, physiquement et mentalement… C’est cette sérénité qui transparait, je pense.

Voici donc l’une des choses que j’ai apprises ces dernières semaines: l’acceptation mène à la sérénité. Je n’ai pas à me justifier, je n’ai pas à me changer, à me conformer à une certaine image. Je suis, tout simplement.

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Une réflexion sur “Mon voyage intérieur: janvier (07)

  1. Chacun de tes mots sont justes…superbes dans leur authenticité, dans leur sincérité. Et comme l’impermanence est ce qui rythme la vie de chacun, apprendre à s’accepter est un travail quotidien… »en douceur, l’air de rien » 😉

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